Occuper la place – édito #2

Les avez-vous remarqués, ces « panneaux d’affichage d’opinion » ? Au détour d’une promenade, on peut en découvrir quelques-uns, dispersés sur l’ensemble du territoire de Melun. C’est là qu’en théorie, chacun peut s’exprimer. Y afficher, y coller. Mais encore faut-il savoir qu’ils existent ; encore faut-il les voir pour le croire. Leur emplacement n’est pas stratégique au premier abord – ou alors il l’est, d’un certain point de vue, et cela mérite réflexion. 

Un seul exemple, parlant : au début de la rue des Mézereaux, un premier panneau dans lequel on tombe. Sa surface est assez grande pour que l’on y fixe ses opinions. Quelques-uns ne s’en privent pas puisque c’est public et d’intérêt général. C’est le cas, en particulier, des réacs de l’Action française, qui recouvrent ailleurs la ville d’autocollants siglés, ou des alliés fanatisés du Front National, les gens de « Debout la France ». Le hic pour ces colleurs d’expression politique hard, c’est qu’on n’y prête guère attention. Et pour cause, c’est à deux pas de l’entrée du Cimetière Nord de Melun. Le néant de l’adresse, quoi. Si l’on met de côté des endroits où il a pu arriver dans le passé que des morts soient enjoints à voter, comme dans le cinquième arrondissement de Paris ou d’autres circonscriptions corses, l’on voit mal pourquoi le panneau est placé là. On s’adresse au néant, donc.

Et d’autres par-dessus le marché ! Allez donc voir. Sur un parking de l’île Saint-Étienne, jouxtant le quai de la Reine Blanche sous la pénétrante, un autre panneau trône dans l’indifférence. Près des poubelles, l’on en trouvera d’autres. Votre opinion ? À jeter ! Ou alors, dans le meilleur des cas, rue Fréteau de Peny, à recycler ! En lieu et place d’un panneau d’expression politique sur l’un des rares espaces ouverts et de passage que compte Melun – je veux parler de la place Saint-Jean, comble d’anéantissement par le bitume, entre les bagnoles et les pots de fleurs géants –, les Melunaises et Melunais sont habitué·e·s à la fermer. Ou à consommer de la pub sur les panneaux JCDecaux.

C’est une singulière manière d’envisager l’affichage de la diversité des opinions politiques. Pas d’espace, pas d’agoras, des places vidées de leur sens public, un vide de place. Et les citoyennes et citoyens de s’en être accommodé·e·s avec le temps. Les places politiques, c’est la chasse gardée de celles et ceux qui en savent l’intérêt ; c’est la lutte des places pour une poignée de gens qui s’emploient à faire place nette pour conserver leurs places.

Rien n’est figé pourtant. Les places, il faut les reprendre. Ou les prendre. Nuit Debout à Melun en fut l’esquisse temporaire. Quart de Brie est né pour cela, pour faire place à autre chose, pour imaginer de nouvelles formes d’expression, pour faire entendre des voix, dessiner de nouvelles voies. Cette deuxième livraison occupe la place et, avec tout l’enthousiasme qui la caractérise, l’équipe s’emploiera à la distribuer : sur place et à emporter !

Arnaud Saint-Martin

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