Editos

« Quart de brie » est nez !

« Quart de brie », magazine qui a du flair » ? Le quart de brie, lit-on dans les dictionnaires d’argot, c’est le nez. Long, pointu, fin aussi. Du flair, du pif, du bon sens, de la curiosité et de l’attention à ce qui sort de l’ordinaire de l’information dominante, il en faudra pour mener à bien la mission de notre magazine. Chaque trimestre, nous proposerons des reportages, des points de vue, des créations littéraires et des témoignages, attachés à restituer le quotidien des habitant·e·s de Melun dans tous ses aspects : à peu près connus et méconnus, à connaître et à reconnaître. À la presse incolore et de faits divers, bien faite pour faire diversion, nous substituerons une information aussi engagée qu’engageante. Qui assumera ses choix de sujets, le cadrage de ses récits, ses partis pris aussi.

Quart de brie est indépendant. Le magazine est adossé à une association. Son équipe s’est formée au gré des circonstances, des hasards et des complicités, mais aussi et surtout parce que ses contributrices et contributeurs bénévoles ont ressenti avec le temps la nécessité de rendre compte de ce qu’il se passe et se trame dans notre ville et agglo – partout dans la ville – et à l’entour. Lancer un magazine local indépendant, c’est nécessaire et l’on en viendrait presque à se demander pourquoi il n’en existait pas déjà à Melun.

À sa façon, Quart de brie est un magazine politique et militant. Si l’on part de la définition la plus élémentaire de la politique comme tout ce qui concerne la vie de la cité et des citoyennes et des citoyens (y compris celles et ceux qui, pour des raisons discutables, ne sont pas autorisé·e·s à y participer), alors oui, Quart de brie est un magazine politique. Car la politique, cela ne devrait pas être seulement un moment de spectacle pépère qui agite un microcosme d’élu·e·s et de prétendant·e·s au pouvoir local à chaque échéance électorale, dans l’indifférence voire la méfiance d’une majorité de la population. La politique au contraire, cela devrait être l’air que l’on respire, un sujet de premier intérêt pour tout le monde. Quand on y regarde de plus près pourtant, ce sujet de la politique nous importe déjà, mais soit on ne le perçoit pas complètement, soit on ne se sent pas légitime pour en parler. Or échanger sur la hausse des impôts locaux, les choix budgétaires de la mairie, les « politiques » développées dans tel ou tel secteur de la vie locale (urbanisme, transports, économie locale, etc.), le faire chez soi, entre amis, au café ou je ne sais où, cela revient au même : c’est faire de la politique, au sens d’une conversation collective sur tout ce qui a une résonance dans nos vies. De même, s’engager dans une association, prendre part à la vie locale, tenter d’animer le quotidien dans des quartiers abandonnés par des initiatives qui promeuvent la vie ensemble et la vie bonne, cela aussi, l’air de rien, sans écharpes ni drapeaux, c’est faire (de) la politique. Sans que nous le sachions toujours, nous ne cessons pas de faire de la politique, souvent avec passion, envie de bien faire.

Il faut que cela se sache. Que la politique, ce n’est pas, cela ne devrait pas être l’affaire de personnes élues des décennies durant, qui troquent leurs postes d’élections en élections, et qui discutent entre elles dans des lieux et des réunions politiques où rares sont les citoyennes et citoyens à oser mettre les pieds (le conseil municipal, le conseil de l’agglomération, etc.). La politique, ça ne devrait pas être une rente ni un pouvoir à confisquer. Les élu·e·s aux affaires, professionnel·le·s de la politique en CDD et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ont néanmoins tout intérêt à faire passer l’idée qu’elles et ils sont les plus compétent·e·s et expérimenté·e·s pour prendre en charge nos vies. Tout en faisant mine d’écouter leurs électrices et électeurs le temps d’une campagne, à coup de promesses, de slogans attrape-tout et d’un souci de la proximité artificiel.

Quart de brie n’est pas à strictement parler un magazine d’information, pas plus qu’il est un magazine d’opinions. Il veut être plus que cela. Et c’est en cela que réside son militantisme. Il consistera à dire ce qui nous semble vrai et juste, sans rien dissimuler des engagements qui nourrissent et donnent leur consistance à nos prises de position dans le magazine. Oui, nous militerons pour faire entendre des voix rendues inaudibles ; oui, nous relaierons des combats du quotidien qui passent sous le radar de l’« actualité ».

Ce premier numéro est une sorte de crash-test. La formule est à éprouver, le ton à trouver. Les diverses rubriques sont en place, mais l’on pourra rectifier si besoin dans les prochains numéros, sur la base de vos retours, de ce que 2018 nous réserve et des envies de la rédaction. Alternant entre la dérision et la gravité, les peines et les joies, les questions les plus fondamentales et celles qui paraissent anecdotiques (mais qui ne le sont jamais vraiment), les chroniques acides et les tribunes invitées, nos pages laisseront libre cours à l’expression. En matière d’expression, la vie politique majoritaire est tellement apathique et bride Melun que nous sommes convaincu.e.s que nous avons un boulevard pour faire avancer les causes communes et donner goût à la culture politique pour/par toutes et tous.

Tout ne va pas mal à Melun et dans le Val-de-Seine, mais quand il le faudra, nous ferons tout un fromage des situations critiques ou qui appellent la contestation et la mobilisation. Plein de caractère, fort, subtil tant que faire se peut, par moments caustique ou amer : c’est bien le minimum que l’on est en droit d’attendre d’un magazine qui, de façon décalée on l’aura compris, se revendique du sacro-saint fromage melunais. Les idées ne manquent pas et les prochains numéros sont d’ores et déjà en préparation. Quart de brie est donc lancé et à vue de nez, l’avenir nous est ouvert.

Arnaud Saint-Martin